vendredi 8 avril 2016

« The Mao Years : Catch the Stars and Moon » (1994)



Analyse d'un film documentaire
 « The Mao Years : Catch the Stars and Moon »
(1994)

Titre du documentaire : « The Mao Years : Catch the Stars and Moon »
Un film produit par Ambrica Productions, Inc. en association avec la WGBH Boston et Channel 4 Television au Royaume-Uni, en 1994.
Production, direction et écriture : Sue Williams
Producteur de coordination : Kathryn Dietz
Éditeur : Howard Sharp
Narrateur : Will Lyman
Compositeur : Tan Dun
Producteur exécutif pour Ambrica Productions : Judith Vecchione

Je me propose d’analyser dans cet essai le documentaire « The Mao Years : Catch the Stars and Moon », un film produit par Ambrica Productions, Inc. Avant toute chose, il est à noter que ce film est en fait divisé en trois parties, qui ont été réalisées à des périodes différentes :

Part One: China in Revolution 1911–1949 (1989)
Part Two: The Mao Years 1949–1976 (1994)
Part Three: Born Under the Red Flag 1976–1997 (1997)

Ainsi, ce documentaire a été produit et dirigé dans sa totalité par Sue (Susan) Williams (1954-), d’origine américaine, ayant créé la compagnie « Ambrica Productions » en 1986 pour tenter de réaliser des films à portée internationale pouvant intéresser une large frange de la population. Pas moins de cinq films documentaires ont été tournés avec cette compagnie.

Ce film documentaire est en fait la partie central de la trilogie « China : A century of Revolution » narrant l’histoire de la République Populaire de Chine durant tout le XXe siècle. « The Mao Years : Catch the Stars and Moon » couvre quant à lui une période allant des années 1949 à 1976, débutant par la prise du Parti Communiste chinois après la révolution de 1949 et s’attache notamment au personnage de Mao Zedong, plus particulièrement à sa politique. Le film reprend ainsi dans l’ordre chronologique les grands événements de cette période, à savoir la consolidation du pouvoir Communiste ; le rôle de la Chine dans la guerre de Corée ; les efforts du gouvernement chinois pour collectiviser les terres et réformer l’agriculture, les attentes de Mao Zedong quant à une modernisation du pays par l’industrialisation ; la « Campagne des Cents Fleurs » et les réactions du peuple chinois ; les forces et les faiblesses du Grand Bond en Avant avec notamment les effets néfastes de cette politique et comment le pays s’en est relevé ; la Révolution Culturelle ; la grande rencontre entre Mao Zedong et le président américain Nixon. Ce documentaire s’achève sur les derniers mois de vie de Mao Zedong.

Le choix des images et de la narration.


Ce film écrit par Sue Williams met l’accent sur les grandes réformes et politiques orchestrées par le parti communiste chinois entre les années 1949 et 1976.
La narration est donc dénuée d’analyses personnelles, de grandes théories ou d’aspect de compréhension de la psychologie des grands dirigeants chinois. La productrice et auteur à su rester « impartiale » au maximum et ne nous fait pas part de sa vision personnelle, se cantonnant aux faits politiques et à leurs impacts sur la population. Le rythme et le timbre de la voix du narrateur apportent cette dimension d’objectivité du film documentaire. La lecture est faite sur un ton monocorde, aucun emportement de voix ne démontre approbation ni réprobation, renforçant cette image de faits exposés, sans plus.
Il n’y a en aucun cas de critiques à l’égard du parti, du pays ou de la personne qu’était Mao. À l’exception d’un passage où l’on voit danser ce dernier avec des jeunes femmes à Zhongnanhai et où le narrateur nous annonce que ces fêtes qui étaient là pour divertir les cadres du parti étaient en réalité pour l’unique plaisir du dirigeant, ce qui nous donne à ce moment là une image assez négative du personnage. C’était sans doute le seul endroit où l’on sent un avis personnel émanant de la production.

Dans ce film documentaire, l’on retrouve également des images d’archives en noir et blanc, sans aucun doute tant d’origine chinoise que de médias étrangers, permettant de mettre en image la narration ainsi que des entretiens avec la population chinoise ayant vécu ces évènements. Le film se construit selon moi sur le modèle suivant : énonciation d’un fait avec les images correspondantes, puis témoignages de personnes de nationalité chinoise permettant de recontextualiser ces mêmes faits au travers d’une histoire personnelle.
On voit tantôt sur ces images des gens du commun, tantôt des réunions politiques officielles ou bien Mao Zedong et sa suite en déplacement pour constater de ses propres yeux des avancées chinoises. Les images d’archives sont selon moi à dominante chinoise, issues probablement des organes de propagande, puisque l’on y voit des scènes donnant une image positive du régime communiste avec des paysans plein d’allant pour aller aux champs ou des masses de travailleurs toujours très vigoureux, travaillant très dur mais avec entrain pour donner corps aux visions de Mao Zedong et moderniser, industrialiser la nation.
Cependant, ces images d’archives léchées permettent également de donner corps à la narration. En effet, lors d’une séquence où l’on nous dit que le Parti contrôlait et encadrait les élites intellectuelles et activités culturelles, l’on nous montre une scène de théâtre communiste où les acteurs crient en cœur : « Nous accomplirons nos tâches ». Cette image, de propagande à mon sens, est censée donner une image positive avec l’éclairage de la narration, et étaye bien les propos et prouve dans ce cas-ci que la culture était sous domination politique et était là pour servir l’idéologie du parti.

Ainsi la narration et le choix des séquences d’archives nous donnent à mon sens une vision assez fidèle de l’histoire, puisque l’on nous montre les effets positifs que le communiste a apporté à la Chine (avec ces séquences notamment où l’on voit que le niveau de vie de la population s’améliore), mais ne sont également pas oubliés les effets pervers des politiques, comme celles des « Cents Fleurs » ou du « Grand Bond en avant », avec l’appui des témoignages.

Les témoignages.


Les témoignages ici retranscrits, outre l’écriture, sont la véritable force de ce documentaire.
En effet, comme je le disais ci-dessus, après chaque énonciation de fait vient une interview, récit de personnes chinoises permettant de recontextualiser l’histoire au travers d’une anecdote personnelle mais toujours juste.
Lors du passage sur la « Campagne des Cents Fleurs » où l’on nous explique qu’après une brève ouverture, le parti encourageait la dénonciation et poursuivait les droitistes, nous assistons au témoignage d’un paysan qui raconte que sa petite fille disait à qui voulait l’entendre que sa famille était propriétaire des terres du village etc., que cela a conduit à une enquête et que, pour pouvoir partir, il fallait avouer quelque chose, même si vous étiez totalement innocent.
Cet exemple de témoignage permet au spectateur de s’approprier les connaissances et de resituer ce qu’il vient d’apprendre au travers de ce court récit. Qui plus est, ce n’est pas la narration qui pointe du doigt les abus du gouvernement mais les personnes qui témoignent elles-mêmes, permettant ainsi d’intensifier ce sentiment de « partialité ». En effet, ce n’est pas la production américaine qui en parle, mais les chinois qui eux-mêmes vécurent tout cela.
Le plus étonnant, selon moi, réside dans le fait que la production ait réussi à trouver des chinois acceptant de parler librement de ces périodes et de donner leurs avis, et plus encore, d’évoquer les dérives de ces politiques et les effets que cela avait sur le quotidien de la population. Le témoignage est là pour étayer, servir l’écriture du film, c’est un outil supplémentaire pour mieux comprendre l’histoire de la Chine, et il ne constitue pas un réquisitoire contre le Parti. De plus, le choix des intervenants est bien fait puisque l’on retrouve des paysans, certains un peu plus fortunés que d’autres, des commerçants, des membres du Parti et des proches de Mao Zedong comme son médecin personnel, le docteur Li Zhisui. Ainsi faisant, ce panel d’intervenants nous permets d’avoir une vision plus complète et entière de cette période, du ressenti des différentes strates de la population.

Pour conclure, je dirais que ce documentaire nous donne une vision juste sans parti pris apparent quant aux évènements survenus en Chine entre 1949 et 1976, n’ayant pas de visée anti-communiste comme certains autres films américains. Bien entendu, la seule vision de ce documentaire ne permettra pas au spectateur d’appréhender la totalité de ces années où la Chine vécut sous la présidence de Mao Zedong, certains faits n’étant pas mentionnés, comme le culte de la personnalité, la rupture des relations sino-soviétiques etc. Néanmoins, il constitue en soi une excellente approche, qu’il faudra compléter avec des ouvrages sur le sujet.
Il faut à mon sens saluer cet effort d’impartialité dans le travail d’écriture, ainsi que ce mélange d’images d’archives et témoignages, les deux se complétant et permettant de ce fait une meilleur compréhension des faits.

NOTE CRITIQUE DE FILM

CHINA: A CENTURY OF REVOLUTION

THE MAO YEARS: 1949-1976, (1994)

 

Titre : [China: A Century of Revolution]

The Mao Years: 1949-1976

« Catch the stars and moon, 1949-1960 »

DurÉe Approximative : 1h

Année de sortie : 1994

Genre : documentaire historique

Audience visÉe : Tout tÉlÉspectateur ou autre public intÉressÉ

EsthÉtique : Noir et blanc (images d’archives) et couleurs (intervenants)

Écrit, rÉalisÉ et produit par : Sue Williams, Ambrica Productions, en association avec WGBH Educational Foundation, Boston, et Channel 4 Television, Royaume-Uni

Langue : Anglais

Pays de production : Etats-Unis et Royaume-Uni

Narrateur : Will Lyman

Musique : Tan Dun

Financements : The National Endowment for the Humanities; La Fondation Ford ; La Fondation John. D et Catherine. T MacArthur ; La Fondation de la Famille Albert Kunstadter ; The Corporation for Public Broadcasting

Quelques autres documentaires par Sue Williams :

                - China in Revolution (1989)

                - Born Under the Red Flag (1997)

                - Eleanor Roosevelt (2000)

                - Young & Restless in China (2008)

 

 

T

he Mao Years, documentaire ici à l’étude, est le deuxième d’une série de trois films ayant pour titre général [China: a Century of Revolution]. Il s’agit d’un documentaire en deux parties couvrant l’histoire de la République Populaire de Chine sur une période s’étendant de 1949 à 1976. Nous avons choisi d’étudier la première partie intitulée « Catch the Stars and Moon, 1949-1960 », soit les sept premiers épisodes.

            Il s’agit au départ d’un documentaire d’une durée de deux heures qui a été plus tard découpé en treize épisodes et mis en ligne en 2010 sur une plateforme gratuite (YouTube) par un particulier. Chaque épisode, mis à part le treizième, a une durée de 9 :10. Ils se composent principalement d’images d’archives en noir et blanc et de témoignages d’intervenants majoritairement chinois, en couleur. Les épisodes offrent une présentation chronologique de la période. Afin d’ajouter des informations complémentaires, un narrateur est aussi présent dans le documentaire. Les images sont agrémentées de musiques traditionnelles chinoises.

            Cette partie débute avec le premier épisode, après la Révolution de 1949, à la prise du pouvoir par le Parti Communiste Chinois, apparu comme une lueur d’espoir aux yeux du peuple chinois, après des années de corruption, de guerre civile, et d’invasions étrangères qui ont laissé la Chine au plus bas. L’épisode traite aussi des réformes de consolidation du pouvoir, notamment de la réforme agraire (soit la redistribution des terres aux paysans), des réformes visant à améliorer le statut des femmes et à redéfinir leurs droits dans la société, ou encore des réunions de lutte contre les « capitalistes » et les propriétaires terriens.  Le second épisode évoque quant à lui la signature du pacte de défense entre Chine et l’U.R.S.S., puis la Guerre de Corée, et se termine avec les campagnes anti-droitistes. Dans l’épisode qui suit, il est question de la collectivisation de l’agriculture, du début du Grand Bond en Avant, de la corruption et autres dérives qui s’ensuivent. L’épisode 4 enchaîne sur la Campagne des Cent Fleurs et la répression qui s’ensuit, il met en avant l’attaque communiste sur Taïwan, la fin de la collaboration sino-soviétique, ainsi que la prise de contrôle du Tibet et l’écrasement de la révolte tibétaine en 1959. Les trois derniers concluent avec la mise au travail intensive des paysans dans le but de « dépasser l’Angleterre et rattraper les États-Unis », la mascarade induite par les objectifs irréalisables imposés aux paysans, pour terminer avec l’échec indéniable du Grand Bond en Avant conduisant à la Grande Famine ainsi que la mise sous silence de cette dernière.

·         Points forts du documentaire :

            Tout d’abord, la présence d’images d’archives permet de mieux fixer la période ainsi que ses acteurs principaux dans les esprits, d’autant plus que certaines seraient très rares. De la même manière, l’appel à des intervenants chinois, témoins et/ou experts de la période donne plus de poids aux images et offre des témoignages de personnes issus de différents milieux sociaux. Le documentaire offre une vue générale relativement objective des évènements de l’époque.  Le documentaire ayant été réalisé dans l’optique d’une diffusion à la télévision, il est grand public. Enfin, le choix d’une structure chronologique de la narration rend possible une bonne compréhension des évènements.

·         Points faibles du documentaire :

            Le principal point faible de ce documentaire réside dans le fait qu’il peut être considéré comme daté (1994), il en va de même pour l’esthétique de celui-ci, qui bien qu’honorable reste très simpliste. Il aurait été souhaitable de faire une enquête de terrain pour voir où en est la mémoire historique de cette période chez les jeunes chinois. Pour ce qui est des vidéos mises en ligne, il est important de dire qu’il se peut qu’elles soient retirées dans le futur, car le DVD du documentaire étant toujours en vente et n’étant pas tombé dans le domaine publique, la société de production peut demander à le faire retirer de la plateforme.

 

            Pour commencer, je recommanderais ce documentaire à des personnes ayant une bonne maîtrise de l’anglais car la narration ainsi que les sous titres sur les images d’archives sont entièrement en anglais. C’est une production avec une grande efficacité pédagogique, la preuve en est qu’elle est vendue à des institutions éducatives comme des universités ou encore à des bibliothèques. En effet, il convient particulièrement à des étudiants de premier cycle universitaire, ou bien de lycée qui ont pour sujet d’étude l’histoire de la Chine au XXème siècle, ou aussi bien toute autre personne intéressée par le sujet avec ou sans connaissances préalables. Le ‘’film’’ offre une vision globale et claire de la Chine pendant la période traitée. Le documentaire est actuellement disponible gratuitement sur la plateforme d’hébergement de vidéos bien connue et citée plus haut, mais la trilogie de documentaires est également disponible à l’achat  sur des plateformes de vente en ligne pour un prix raisonnable, la société initialement en charge de distribuer le film (Zeitgeistfilms) ne proposant pas de livraison vers l’Europe.

Bian lian

Le Roi des Masques

变脸Biànliǎn


Réalisateur : Wu Tianming
Scénariste : Wei Minglun
année : 1995
Les Personnages :
Le Roi wang : Chu Yuk
Gouwa : Chao Yimyim
Maître Liang : Zhao Zhigang
Tianci : Zhang Rhuitang


Résumé

Au début du XXe siècle dans le province chinoise du Sichuan, un artiste de rue se fait connaître sous le nom de "Roi des masques". Le soir du nouvel an chinois, une rencontre avec la déesse bodhisattva, Maitre Liang à la ville, va réveiller en lui une inquiétude. Dépourvu de descendance depuis la mort de son seul et unique fils, il s'inquiète d'emporter son art dans la tombe. Il recherche alors un petit garçon, tradition oblige, à qui il pourra enseigner son art pour le perpétuer sous son nom. Au "marché des enfants" un homme lui vend un petit garçon nommé guwa. D'abord entousiaste à l'idée de lui passer le secret de son art il découvrit bientôt que l'enfant sur lequel il avait porté tant d'espoir est en fait une petite fille.


A l'origine du film

En 1995 Wei Minglun écrit le scénario du Roi des masques pour la télévision. Wei Minglun est un dramaturge originaire de la province du Sichuan. Encore très jeune il entre dans le monde du théatre en tant qu'acteur d'une troupe de l'opéra du Sichuan, puis se tourne vers l'écriture de pièces de théatre en 1962. Beaucoup de ses oeuvres sont connues aujourd'hui pour les sujets et les questions de société qu'elles soulevaient. Notamment pour sa version en 1986 de l'histoire de Pan jinlian, qu'il choisit de présenter sous les traits d'une femme qui prendra la liberté de choisir son destin dans une société patriarcale.
Aux commandes nous retrouvons Wu Tianming, réalisateur et producteur chinois originaire du Shaanxi. Il fait partie de la "cinquième génération" de cinéastes, souvent censurés dans leur propre pays pour leurs films à caractères contestataires. On compte parmi ces oeuvres les plus révélatrices "La rivière sauvage" sorti en 1983, où l'on suit les déboires de trois hommes pendant la révolution culturelle. Dans "la vie" sorti en 1984 le destin d'un enseignant tourne au drame lorsque son poste est promis à une homme sous-qualifié, victime de la corruption imputée au régime de Mao. Dans "Le vieux puits" sorti en 1986, qui relate la période de 1982, les débuts de la période d'ouverture, on voit deux mondes se faire face, celui des superstitions et des coutûmes et celui de la nouvelle modernité.



La chine au début du XXème siècle
En période de guerre civile entre le kuomintang et les communistes, Les armées sont mobilisées entre 1931 et 1934. l'armée nationale révolutionaire du Kuomintang réalise de nouvelles campagnes d'encerclements contre les territoires communistes. La dernière et 5e campagne, commandée personnellement par Tchang Kai-chek, voit la victoire des nationalistes : de septembre 1933 à octobre 1934, environ un million d'hommes harcèlent la République soviétique chinoise, encerclée de blockaus. Dans le film Le roi des masques lors d'une de ses représentations fera face à des jeunes recrues de l'armée. Aussi la misère des villageois et le contraste de leurs conditions avec celles de la bourgeoisie restaure le climat de cette période. La Chine est pleine transition et le peuple est livré seul à sa misère. Ce sont dans ces conditions que WutianMing choisit de montrer que les traditions restent particulièrement tenaces et qu'elles se révèlent être un lourd fardeau en ces temps de crise.

Les personnages et leur symbolique

Le Roi des masques
Un artiste de rue solitaire qui cultive le secret des masques depuis son enfance. Son habileté et sans pareil et lui seul pourrait l'enseigner. Mais là où le réalisateur nous surprend, c'est peut être parce que le roi des masques est fait à l'image de ses congenères. La musique que l'on entend lorsque le maîre des masques rencontre Guwa pour la première fois, fait prendre conscience au spectateur de l'empleur de la situation. C'est un petit garçon, en bonne santé et qui tient sur ces deux jambes. Est-ce bien réel ? Le réalisateur veut installer un climat de compassion, il nous dit ce personnage c'est un homme comme un autre avec ses qualités et ses défauts, mais cet enfant est une bénédiction. Un homme sans le sou qui aimerait laisser une trace après son départ. Il représente l'homme de son temps entre le poids des traditions et le cours de son destin. Un homme victime des moeurs de sa société et de ses traditions. "Quel père vendrait sans pleurer son fils unique ?" C'est un fait, la société patriarcale dans laquelle il fut élevé aura raison de sa relation avec Guwa. Mais le Roi de masques ne veut pas d'une fin tragique. Le destin qui fait si peur au roi des masques est en fait entre les mains de celui qui se bat. Le personnage de Guwa décidera du sien..

Le personnage de Guwa
Guwa n'est pas seulement la marrionnete de la supercherie. Le maître des masques que l'on pense être la première victime n'est en fait que la deuxième. Guwa à souffert dès sa naissance d'avoir été une fille. Mais en faisant la rencontre du Roi des masques elle décide de se battre pour une meilleure vie. Ce personnage féminin est peut être celui qui a le plus de force et de détérmination. Contrairement au Roi des masques elle prend en mains son destin et choisit d'échapper à son sort, qui est celui de toutes les fillettes abandonnées. Lorsque le Roi des masque est emprisonné, il a déjà baissé les bras. Il pense même le mériter car il n'a pas été juste avec Guwa. Celle-ci pourtant se battra jusqu'au bout pour le sauver.

Le personnage du maître Liang
Peut être le personnage le plus délicat et symbolique du film, il représente à lui seul toute l'ambiguité du genre. Déesse de l'opéra la nuit et Maître Liang à la ville son identité reste très ambigue, en ajoutant qu'il est même un personnage presque mystique puisque très respecté et idolatré. Mais c'est avant tout un artiste tout comme le personnange du Roi des masques. Leur rencontre et leur relation toujours .... de respect mutuel et d'admiration fait oublier que l'un des deux n'est pas vraiment un homme. Les scènes qu'ils partagent à l'écran sont cruciales pour comprendre les frontières qui se posent entre la tradition, l'art et le mystique. Maître Liang a choisi de devenir une femme déesse dans un contexte où la femme vaut bien moins que l'Homme. Aussi il dira au Roi des masque " Je suis indigne, vous desirez un fils pour vous succéder et moi je ne suis qu'une femme au théatre et pas un homme à la ville". La première frontière entre l'art et la réalité, les traditions et le mystique se manifestent : le Roi des masques respecte Maître Liang bien plus que n'importe quel Homme, mais finalement est-ce bien un homme ?

Le poids des traditions
Wu Tianming rend compte ici du poids des traditions et des moeurs de la société chinoise au début du XXème siècle. Le sort des petites filles est mis en relief dans le marché des enfants au début du film. Les garçons sont trop précieux pour y être abandonnés mais de nombreuses petite filles attendent un nouveau foyer. Aussi nous sommes témoin à plusieurs reprises de ce phénomène. Lorsque le boddisattva apparaît lors de la fête du nouvel an toutes les jeunes femmes accourent pour toucher son trône, geste qui leur assurera la naissance d'un garçon dans la famille. Nous sommes aussi amenés de part cette scène et celle dans laquelle guwa s'indignera du fait que cette déesse tant adorée n'est rien d'autre qu'une fille. Pourquoi mérite t-elle le respect ? Le réalisateur semble pointer du doigt un fait indégnable. Et le personnage de maître Liang s'avère être le paroxisme de cette contradiction.

Le rôle du théatre et du bouddhisme :

Pourquoi parler du théatre et du bouddhisme dans une même partie ? Il semble que les deux se confondent à maintes reprises dans Bianlian. Au début lorsque Maître Liang, qui est rappelons le un acteur, se retrouve porté comme une déesse dans le village et que toutes les femmes accourent toucher son trône. Lors de l'entretien avec Maître Liang, le roi des masques semble intimidé et fait preuve de beaucoup de respect à son égard. Bien qu'il soit un acteur reconnu et qu'il appartienne à la haute société, une aura se dégage du personnage, comme si WutianMing voulait qu'on se pose des questions sur le caractère mystique de Maître Liang. Aussi Guwa met un point final à cette ambiguité : Elle prend exemple sur la déesse bouthisattva et se jette du toit. La réalité et le théatre se confondent, comme le mythique et le théatre se confondent. Pour plaider une cause, changer les choses elle se résigne à devenir martyre. La seule femme que l'on prend au sérieux n'est ce pas la déesse de la miséricorde ? Les lignes qui séparaient le monde artistique, mystique et réel s'éffacent en un instant. L'art dans son discours mystique a trouvé le moyen de changer le cours des choses. Là ou les hauts fonctionnaires ont falli à la tâche : Maître liang dira à l'officier "c'est peut être que vous n'êtes pas digne de cette tâche." Il incombe peut etre aux artistes de vous ouvrir les yeux.....

Conclusion
Le roi des masques fait partie des ces oeuvres si riche que l'on prend plaisir à visionner plus d'une fois pour en discerner toutes les nuances les plus subtiles. Que ce soit dans l'écriture, la mise en scène et les sujets traités nous sommes tantôt touchés par le sort des personnages, tantôt révoltés mais toujours guidés par le réalisateur qui semble vouloir faire passer un message d'une plus grande ampleur.
Quoi qu'il en soit elle menera indubitablement vers une reflexion.



Le Roi des Masques 变脸 (1996)

C'est un film hongkongais (Shaw Brothers) réalisé par Wu Tianming 吴天明 (5/12/1939 – 4/03/2014), cinéaste dit de la 4ème génération, de l'après la révolution culturelle. Né dans le Shaanxi (陕西), c'est à 20 ans (1960) qu'il entra à la Xi'an Film Studio. Mais la production de film fut alors stoppée par la révolution culturelle (1966) période aussi durant laquelle son père fut emprisonné. C'est durant les trois dernières années de la révolution culturelle que Wu Tianming parti étudier à la Beijing Film Academy, se spécialisant dans la réalisation et direction de films. Il retourna ensuite aux studios de Xi'an, en pris la direction et forma les cinéastes de la 5ème génération, dont les reconnus Zhang Yimou (Épouses et concubines) et Chen Kaige (Adieu ma concubine). C'est un réalisateur qui durant sa carrière a exprimé de fortes opinions sur la société chinoise. Il se vit d'ailleurs forcé, lors des événements de Tiananmen (天安门), de partir aux Etats-Unis en 1989. Et c'est à son retour en 1994, qu'il commença la réalisation du film Le roi des masques, film qui reçu de nombreux prix et qui lui valut une reconnaissance mondiale.

Cette œuvre raconte l'histoire de Wang, un vieil artiste de rue pratiquant l'art des masques dans la vallée du Sichuan 四川 (art propre à l'opéra du Sichuan 四川), et sa recherche d'un héritier (disciple). C'est dans cette quête qu'il achètera Gou Wa un enfant de huit ans, qu'il traitera comme son propre fils. Il s'attachera à l'enfant mais finira par le rejeter lorsqu'il apprendra que c'est en fait une petite fille. Gou Wa s'en voudra tellement d'avoir déçu son grand-père qu'elle lui rapportera un petit garçon Tian Ci (fils unique d'une bonne famille) avec lequel elle s'était enfuit des main des trafiquants d'enfants. Malheureusement, Wang sera alors accusé du vol de l'enfant et mis en prison. Durant ses aventures, maître Wang fait aussi la rencontre de maître Liang, artiste d'opéra de Pékin (dans lequel il joue Bodhisattva). Liang reconnaît et admire l'art et le talent de Wang, avec qui il créera un important lien d'amitié.

Nous pouvons déjà remarquer que le film se déroule durant les années 1930, de part la présence de soldats de l'armée nationale révolutionnaire (étoile à cinq couleurs sur le képi) pendant la guerre civile ou bien la guerre des pleines centrales. La première question qui est soulevée est l'importance d'un héritier et parallèlement celle de la place de la femme dans la société chinoise. Selon le confucianisme, le culte des ancêtre ne peut être réalisé que par un héritier mâle, fait qui laisse assez tôt la femme en acteur secondaire. Cela est représenté dans le film à de nombreuses reprises. Tout d'abord par le vœu de maître Wang à enseigner son art exclusivement à un héritier mâle, mais encore au début du film, lors de la fête des lanternes, quand le trône de Bodhisattva est acclamé dans les rues par une foule de femmes désirant le toucher afin d'avoir un garçon comme premier enfant. Et enfin, le fait que dans l'opéra de Pékin représenté dans le film (art exclusivement masculin), le rôle de Bodhisattva soit joué par maître Liang un homme, bien que les femmes ai étés acceptées au sein de l'opéra en 1912. C'est d'ailleurs cette injustice que soulèvera Gou Wa lorsqu'elle demande au grand-père Wang en quoi les garçon serait mieux que les filles, si la statuette qu'il adore est, elle, une femme (Bodhisattva déesse de la miséricorde et de la fécondité) ? La position sur l'inégalité homme/femme de maître Liang, qui représente Bodhisattva, est aussi très présente. Puisqu'il dit lui même qu'il n'est « ni homme sur scène, ni homme dans la ville », soulignant bien la place ambiguë que lui donne son rôle. Ce qui sera encore plus frappant est, lorsque Liang, encore dans son costume de scène, se portera au secours de Gou Wa. « Vous êtes vraiment Bodhisattva » soulignera le général, puisque la déesse est aussi protectrice des femmes et des enfants, un des sujet important du film.

Nous venons de comprendre pourquoi Wu Tianming a choisit l'opéra de pékin et en particulier la représentation de Bodhisattva. Mais pourquoi avoir choisit l'opéra du Sichuan, une province dont il n'est pas natif ? Serais-ce pour, après être retourné dans son pays, en louer les arts ? Cela lui permet en effet de filmer dans des décors impressionnants et simples, beaux et mystérieux, colorés et fades, l'esthétique du film n'en ressortant que plus vivant. Mais les masques ne représentent pas seulement l'art ancestral pratiqué par Wang. Le titre original 变脸 (littéralement changer de visage), peut ainsi faire allusion aux masques dans l'opéra qui incarnent différents personnages, personnalités et émotions, mais peut aussi faire écho aux différents états d'âme de Maître Wang tout au long du film (par exemple lors de la scène où il déchire ses masques, pouvant signifier son abandon et son désespoir).

L'autre question que l'on peut se poser est celle de la position des artistes. En effet, le film dépeint une société où les artistes sont reconnus pour leurs talents d'amuseurs du peuple, mais qu'au sein même de leur communauté, ils sont traité différemment. Une chose qui les lient en plus de leurs arts, est le fait « [qu'ils ne soient] pas pris au sérieux » comme le fait remarquer Maître Liang. Nous pouvons ainsi remarquer le contraste de l'inégalité des classes sociales que fait ressortir le film. Notamment lors du passage avec les soldats de l'armée nationale révolutionnaire, lorsqu'ils veulent lui acheter le secret de son gagne pain, ou lorsque la police désire lui mettre sur le dos tous les vols d'enfants de la région. Ils le regardent de haut et ne prennent pas son métier au sérieux. Les différences sociales, sont très présentent dans le film, on passe de décors de couleurs vives et riches, à des couleurs fades et pauvres.

En conclusion, c'est avec force que le réalisateur dénonce ici les différentes inégalités représentées dans la société chinoise entre hommes et femmes, riches et pauvres, ainsi que l'importance, ou non, des traditions à travers le confucianisme et le bouddhisme. Le personnage principal, lui même arrive à faire fît de ses convictions et à accepter le cadeau que la vie lui à fait en la personne de Gou Wa. Au final, toutes les classes sociales, tous les genres et toutes les croyances sont rassemblés par une seul et même chose : l'Art.

Le réalisateur se serait-il représenté à travers le personnage de Maître Wang ? Insinuant peut être que la situation n'avait pas vraiment changé des années 1930 aux années 1990 ?


MARQUES PEDRO Louise
LE ROI DES MASQUES


Le Roi des Masques de Wu Tianming, 1996
Zhu Xu, Zhang Zhigang, Zhou Renying


     Récompensé à de nombreuses reprises dont celui du meilleur film en 1997 au Festival de Venise, Le Roi des Masques de Wu Tianming, est un extraordinaire voyage dans la Chine du début du XXème siècle. L’histoire se situe dans la province du Sichuan, dans une Chine en période troublée, inquiète et pauvre. Le vieux Wang,  gardien d’une tradition chinoise, un vieil artiste montreur de masques , recherchant un héritier mâle pour perpétuer  son art ancestral. Son éthique lui refuse de partager son art des masques à quiconque. Dans la tradition des artistes de l’opéra chinois, seul un homme peut apprendre les secrets de cet art et c’est dans cette logique que le roi des masques cherche un petit garçon qui pourrait lui succéder.  C’est ainsi que parmi de nombreuses filles qui attendaient d’être vendues, il fit la connaissance d’un petit garçon, Gouwa.
    
    Le Roi des Masques est une histoire simple et belle. La quête de ce vieux saltimbanque pour trouver un héritier mâle était quelque chose de commun pour l’époque. 
Dans une Chine où le poids écrasant de la tradition n’accorde presque pas de place au genre féminin, seul un descendant de sexe masculin était digne de recevoir l’héritage  du Roi des Masques.
Loin d’être un un banal film historique, le film renvoie à la la situation politique et sociale de la Chine des années 30. Le Roi des Masques nous montre le climat social de l’époque dans tout ce qu’il a de plus cruel, allant des inégalités sociales considérables rencontrées dans les villes, jusqu’au commerce d’être humain qui est au coeur même de l’histoire. 
Le film est, entre autre, une dénonciation du sort réservé aux femmes, particulièrement aux petites filles dans la société traditionnelle chinoise. Supposées être inutiles, les petites filles étaient tout simplement vendues. L’organisation familiale traditionnelle chinoise a toujours été fondée sur l’autorité du père, ce dernier se devait d’avoir une descendance masculine, seul être pouvant perpétuer les traditions ancestrales, ciment de l’unité familiale. Les femmes ont longtemps été asservies et cantonnées aux tâches ménagères, aux soins des enfants, au tissage, etc…
 Lorsque Wang découvre qu’il a adopté une fille au lieu d’un fils, il se sent déshonoré et blessé dans son orgueil, et renvoie la fillette à son statut de femme servante et esclave. 
La Chine moderne a instauré une égalité juridique et formelle entre les hommes et les femmes, mais la politique de l’enfant unique, pratiquée jusqu’à l’année dernière encore, a davantage renforcé le désir des familles d’avoir un enfant de sexe masculin, et d’abandonner voir de supprimer les fillettes. 

     Ce film  est un véritable voyage culturel où l’art du masque et celui de l’Opéra de Sichuan sont mis à l’honneur, mariant constamment illusion et beauté, à travers des masques aussi complexes les uns que les autres avec les somptueux décors et costumes de l’opéra. À noter que celui de Sichuan se démarque de celui de Pékin ou de Shannxi par ses instruments de musique et son maquillage.
Le point fort du film est la présence en permanence des contrastes entre la misère du peuple dont le plus terrible tableau est celui du marché aux enfants et l’opulence des dirigeants ainsi que la richesse du spectacle réservé aux élites face à la simplicité de l’insaisissable spectacle de rue dont le décor tient dans une boite que le vieux Wang transporte sur son dos. 
Deux univers s’affrontent  en permanence: le masculin et le féminin, la célébrité et l’anonymat, la richesse et la pauvreté.  
Mais la leçon, même si elle n’est pas explicitement annoncée est claire: l’art et le peuple s’unissent contre le pouvoir oppresseur. Moins soumis à la censure, donc moins contrôlable, le spectacle de rue témoigne de la vigueur de la sève populaire.

L’art des masques est magique et chaque changement de masque transporte de plus les spectateurs vers un monde de tradition culturelle séculaire.

        Le sujet du film est poignant: comment le vieux maître des masques, parviendra t-il à accepter de transmettre son art à un enfant acheté qui de plus est une fille? Dans une chine ou le poids écrasant de la tradition n’accorde presque pas de place au genre féminin, seul un descendant de sexe masculin était digne de recevoir l’héritage  du Roi des Masques. Ceci est un témoignage de la difficulté de transmettre un art qui représente une part de l’âme de la nation, et risque, en disparaissant, de constituer une perte irrémédiable.
Mais la petite Gouwa, qui a eu le malheur de naître fille, à force de volonté et de persévérance finira par changer son destin et finira par devenir la digne héritière du roi des masques. Peu à peu, elle fait valoir qu’elle est aussi capable qu’un garçon d’être initié à l’art des masques.

       Un petit mot sur le réalisateur, qui par ses jeux de couleurs et de lumières a su transporter les spectateurs dans un monde de contraste et d’émotion. 
Le Roi des Masques est le premier film réalisé par Wu Tianming qui, après plusieurs années d’exil aux Etats-Unis suite aux répressions des manifestations de la place Tian’Anmen, est de retour en Chine. 
Ce n’est pas étonnant pour une oeuvre aussi sensible et symbolique, qu’il ait choisi l’Opéra et les rues de son enfance comme décor. 
Le Roi des Masques n’est pas seulement un film de masques et de costumes tourné seulement pour le plaisir mais témoigne aussi du bonheur du cinéaste à retrouver les villes, les rues, les ambiances et les foules de son pays, ainsi que la beauté des paysages noyés sous la légère brume des bords du fleuve où glisse la jonque du vieux saltimbanque. 
Une succession de  décors et de costumes introduit un véritable jeu de couleurs, un défilé d’images brumeuses ou limpides, sombres ou lumineuses , ternes ou étincelantes, aide le spectateur à comprendre  davantage les péripéties, les pensées et la conscience de chaque personnage.

On peut le lire aussi comme un hommage déguisé à tous les prédécesseurs du réalisateur qui n’ont pas pu exprimer leur talent et dont les oeuvres sont peu connues ou oubliées aujourd'hui. Le film est donc lui-même une subtile parabole sur le cinéma chinois, sur le pouvoir, et sur les rapports entre les dirigeants et le peuple.Plus encore, Le Roi des Masques apparaît comme une allégorie de l’artiste qui se préoccupe de transmettre son art difficilement face au poids de la tradition et au climat politique voire la censure. 

Zoé Sommerard Rasolofo