lundi 29 octobre 2018

Année universitaire 2018-2019

En raison d'un congé sabbatique (CRCT) et d'une décharge de cours liée au projet ERC (European research Council) Advanced Grant [Elites, Networks, and Power in Modern Urban China. Historical “big data” in modern Chinese history], je n'assurerai pas d'enseignement en 2018-2019.

vendredi 13 avril 2018

ANALYSE D’AFFICHE DE PROPAGANDE 1973-1978




L’affiche a été publiée en avril 1978 et a été réalisée par Xie Mulian. Elle a été publiée par l’organe de publication du peuple de Shanghai (上海人民美术出版社). L’affiche qui date de 1965, avait alors été considérée comme obsolète avant d’être republiée en 1978. Elle mesure 53 par 77 centimètres. Il s’agit d’une grande image très colorée. Le slogan « vendre de manière amicale les fruits d’une récolte exceptionnelle » figure ici en tout petit au bas de l’image. Sur l’image, intégré au décor, il est écrit « Réfléchissons de manière active, passionnée et avec patience ». L’image est une peinture représentant une commerçante souriante, qui pèse des pommes vertes avec une balance mécanique. En face d’elle et au premier plan, il y a des pommes rouges et jaunes. On distingue derrière elle un étalage avec d’autres fruits comme des oranges et des bananes.

Lorsque l’affiche a été publiée pour la première fois en 1965, la Chine se trouvait dans une période de relative libéralisation après l’échec du Grand Bond en avant. En 1962, Liu Shaoqi avait été nommé président de la République en remplacement de Mao Zedong, alors désavoué par le parti. Liu Shaoqi avait alors formé un tandem avec Deng Xiaoping afin de restaurer le marché dans les campagnes et rétablir la production. Cette ligne avait par la suite été écartée puis réprimée pendant la Révolution culturelle. Ce n’est qu’à la mort de Mao en 1976 et lors de la reprise du pouvoir par Deng Xiaoping en 1978 que la libéralisation avait été rétablie.

Cette affiche de propagande défend la libéralisation. La première impression de l’image est celle de la prospérité, incarnée ici par l’abondance et la diversité des fruits dans les étalages. La libéralisation s’oppose à la misère et à la famine, elle consistait à légitimer l’approche pragmatique de ceux qui s’opposaient au collectivisme. La discrétion du slogan par rapport au reste de l’image consiste à valoriser le réel plutôt que les « discours creux ». L’affiche de propagande met en valeur le petit commerce individuel, incarné ici par la jeune commerçante et sa balance mécanique. Il ne s’agit pas d’exhorter à la consommation de masse, mais plutôt d’instiller une vision populaire du marché, qui s’appuie sur la paysannerie plutôt que sur l’entreprise urbaine. Le visage de la jeune femme est le même que celui des paysannes que l’on trouve sur les autres affiches de propagande. Sa coupe de cheveux et son uniforme symbolisent une libéralisation qui se limite à l’économie, rejetant la liberté et l’individualisme, qui sont les valeurs de l’ennemi et de l’occident. L’image préfigure le « socialisme de marché » : le marché qui n’a pas d’autres buts que la prospérité et le développement des forces productives, le marché qui légitime le parti communiste et non l’individu.



ANALYSE D’AFFICHE DE PROPAGANDE 1967-1970




L’affiche a été réalisée en janvier 1967, mais on ne connaît pas le dessinateur. Elle a été publiée par l’organe de publication du peuple de Shanghai (上海人民出版社). Les mesures sont de 53 sur 77 centimètres. En haut de l’image, il est écrit en rouge : « opposons-nous à l’économisme ». En plus petit et en noir, il est écrit en dessous : « détruisons la contre-offensive de la classe capitaliste réactionnaire ». Au premier plan, un homme qui semble être un paysan déchire un tract sur lequel est écrit « économisme, Etat providence ». Il porte un brassard rouge sur lequel est écrit « faction rebelle ». Derrière lui, un autre homme en tenue militaire est en train d’écrire le slogan avec de la peinture rouge.

En janvier 1967, la Révolution culturelle lancée par Mao un an plus tôt commençait à dégénérer en lutte entre factions. Les gardes rouges qui sont les jeunes sur lesquels Mao s’est appuyé dès 1966, sont en conflit pour déterminer quelle faction sera la plus maoïste. En 1967, les gardes rouges s’opposent à la ligne incarnée par Deng Xiaoping et Liu Shaoqi, qu’ils qualifient de droitiste. Les « économistes » sont ceux qui se sont élevés contre le Grand Bond en avant et qui ont critiqué les collectivisations à outrance. Ils sont accusés par les gardes rouges de vouloir restaurer le capitalisme en Chine.

L’affiche de propagande a pour objectif de critiquer la ligne des « économistes » et consiste à diviser l’opinion en deux camps clairement antagonistes. La peinture rouge utilisée pour écrire le slogan évoque le sang ou la lutte à mort, qui sera la base de la Révolution culturelle. Le tract déchiré par le personnage au premier plan sert à rappeler qu’il n’existe pas de négociation ou de compromis possible. Le brassard du garde rouge est clairement mis en avant, il est le premier élément visuel identifiable. Il s’agit de valoriser le rôle de la « faction rebelle », qui possède une légitimité politique supérieure au parti communiste lui-même.

jeudi 12 avril 2018

ANALYSE D’AFFICHE DE PROPAGANDE 1958-1962



https://chineseposters.net/gallery/e16-340.php

Cette affiche a été réalisée en février 1959 par Jiang Mi et a été publiée par l’organe de publication du peuple de Chongqing (重庆人民出版社). Il s’agit d’une affiche de 53 sur 77 centimètres, sur laquelle figure un dessin et une phrase au bas de l’affiche. En haut de l’image on voit un dragon et un phénix qui se font face dans une posture imposante. Le dragon à gauche est rouge et sort de ce qui semble être un haut fourneau. Il y a des flammes et une vive couleur rouge. Le phénix est jaune et semble fait de blé. Au dessous, il y a un homme et une femme qui tiennent dans leurs mains un haut fourneau rouge et un fagot de blé. Ils sont habillés en tenue traditionnelle et semblent être des paysans. En arrière plan, on distingue un paysage industriel avec de la fumée sous un ciel bleu, ainsi qu’un point d’eau sur lequel un barrage a été construit. En bas et à droite du dessin, il est écrit en rouge : « la prospérité apportée par le dragon et le phénix ».

En février 1959, les effets négatifs du Grand Bond en avant commencent à apparaître véritablement. La Chine s’est lancée en 1958 dans un programme intensif de collectivisation. L’objectif était de dépasser l’aide des soviétiques et de « s’appuyer sur ses propres forces ». Selon Mao, la Chine devait pouvoir dépasser l’Angleterre dans la production d’acier en moins de 15 ans et devenir en même temps une grande puissance agricole. Pour cela, les coopératives agricoles ont été regroupées dans des ensembles appelés les communes populaires. Celles-ci devaient être autosuffisantes, y compris dans la production industrielle. Dès 1958, les résultats de cette politique se sont révélés désastreux, puisque le volume de production des céréales a chuté, entrainant plusieurs dizaines de millions de morts.

La propagande de cette affiche vise à exhorter la coordination d’une production agricole et industrielle. Le dragon et le phénix représentent chacun des deux secteurs économiques. On devine que dans le contexte où la plupart des paysans sont illettrés, les autorités chinoises privilégient les images plutôt que les statistiques ou les courbes économiques, qui risqueraient de ne pas être assimilées. Le dragon et le phénix sont imposants comme doivent l’être les résultats imposés par le plan quinquennal ; ils incarnent les exigences énormes en matière de production. Les deux paysans qui figurent au dessous sont un homme et une femme, ce qui laisse comprendre que toutes les catégories sont invitées à participer à la production et correspond à la vision maoïste de l’émancipation féminine par le travail. Ils ont également l’air heureux et déterminés, les charges qu’ils portent semble légères et leurs habits flottent au vent, ajoutant de l’héroïsme à leur démarche. La propagande vise à convaincre les paysans de la prospérité prochaine du Grand Bond en avant, ainsi que de les convaincre qu’ils ont les capacités d’atteindre les objectifs exigés.