lundi 17 avril 2017

Analyse d’image : 1530 : 人民公社好


Résumé de l’analyse :

 



L’affiche des 人民公社好 n’est pas datée mais son slogan renvoie à la création des communes socialistes en 1958 lors du Grand bond en avant. Elle reprend dans une optique de propagande la notion d’unité. Une unité d’action, autour de laquelle s’organisent les personnages, accentués par l’utilisation de la symétrie. Une unité de but, également, où la prospérité et l’abondance s’expriment par la mise en scène de festivités. Une unité de pouvoir enfin, symbolisée par le portrait de Mao, placé au centre de l’affiche et de l’attention des protagonistes. Les caractères 人民公社好, sont mis en valeur dans ses nuances de rouges fidèles au parti communiste et forment la base de la composition ainsi que le début du cortège. La propagande magnifie le principe d’unité et par la même, la création des communes populaires tout en centralisant l’attention sur la figure d’un Mao, paternel paisible, chef de la nation.


Contexte historique :

Les communes populaires tiennent leur nom de la commune de Paris. Inspiré par la portée idéale, romanesque, du mouvement, le parti communisme s’approprie, pour entamer un processus de collectivisation des terres l’imaginaire d’une organisation communiste idyllique. C’est durant le Grand bond en avant, dans une optique de modernisation (reprise dans l’image par les tracteurs dessinés en haut à gauche et à droite de l’affiche), de hauts rendements basés sur la collectivisation des campagnes que Mao et son régime se lancent dans un processus mobilisant l’ensemble de la Chine. Cette course à la modernité et à la production de ressources premières abondante, a mobilisé des moyens humains considérables. On comprend donc ici que poussé par un besoin de production et de rendement croissant, l’accent soit mis sur l’action collective, le groupe, unis autours de Mao.

Analyse de la composition :

L’affiche ici étudiée se présente dans un format vertical. Elle décrit dans une vue d’ensemble une scène de festivité. L’action, délimitée par les silhouettes en mouvement des protagonistes, s’organise de manière uniforme et symétrique autour du centre de l’image de façon à attirer naturellement l’attention en ce point. Les personnages, en dépit de la diversité de leurs mouvements, composent un corps compact, néanmoins aéré, ou chacun trouve un espace d’expression. L’uniformité de la scène est renforcée par l’utilisation redondante de la symétrie qui s’exprime dans la parité du nombre de personnages et d’éléments présents de chaque côté de la figure centrale. Les orientations des regards, des gestes, des inclinaisons de chaque élément étant similaire pour chaque « couple » de personnages, mettent en exergue ce sentiment de parité et crée une lecture de l’action selon des niveaux verticaux.

Lecture de l’image :

Le centre de l’image, un cadre, contraste avec le reste de la scène qui se dessine dans des courbes (rubans, parures, silhouettes) et des mouvements. Il attire ainsi l’attention. Les différents niveaux d’actions (évoqués ci-dessus) ainsi que les regards dont la tendance est de s’incliner vers la droite (de l’affiche) créent des lignes de fuites qui font glisser l’action de ce côté. Reformant l’unité du tableau, trois protagonistes redirigent le spectateur dans la partie basse où un groupe compact de cinq jeunes filles forme la base de la composition.  Surplombées par des éléments plus imposants, les plateaux de vivres, le spectateur se concentre sur le message tenu par les demoiselles, et trouve une invitation à rejoindre le haut de l’affiche avec le mouvement aérien du dernier bras du cortège. L’attention ainsi dirigée remonte sur le côté du tableau pour finalement revenir sur la figure centrale.

Couleurs et traits : un cadre dans le cadre

Les couleurs accentuent ces mouvements d’observation. Le noyau de l’affiche que représente le cadre de Mao, se singularise par sa forme, mais surtout par sa couleur et son trait. Il apparaît évident que le cadre dans l’affiche est un tableau porté comme l’objet des festivités et est composé dans un style graphique différent. Les couleurs, blanc et vert, caractérisent-elles aussi ce cadre. Le vert clair qui est utilisé pour dessiner l’arrière-plan du « tableau », ne se retrouve qu’à cet emplacement et fait ainsi jouir le personnage de Mao d’une perspective qui le met en valeur. Enfin, le blanc qui fait écho au fond de l’affiche, et aux espaces vides entre les personnages est, là encore, un élément qui attire notre attention sur le personnage central. De manière générale, les couleurs du haut sont moins vives et plus froides. Bien qu’il y ait certaines teintes chaudes elles restent dans l’ensemble plus discrètes. Les couleurs du bas, à l’inverse, sont d’un rouge plus vif. Les personnages sont compacts, les éléments regroupés, et la présence des nuances autours d’un rouge abondant forme le socle de la composition qui représente près de la moitié de l’affiche. Le regard trouve ainsi une échappatoire à cette surcharge dans le tableau de Mao accentuant là encore son importance. Notons, enfin, que le style de dessin est bien différent des affiches classiques de propagande. Les traits sont fins, le dessin soigné. Il correspond à la création d’un univers doux, aux personnages joyeux et attachants accentuant le thème des festivités.

Codes et personnages :

Diversité, pluralité, abondance…


La principale caractéristique de l’affiche réside dans les différentes notions de pluralité, d’abondance et de diversité. Elle présente, en effet, des individus pluriels caractérisés par leurs costumes, leur ethnie, leurs attitudes, leur âge, leur sexe, leur position sociale et se fait le support de l’abondance en exprimant une dimension festive et fastueuse.

Une communauté :  La diversité unifiée

Cette diversité se trouve cependant unifiée et tient sa spécificité de cette unité. De par la composition de l’œuvre qui organise les personnages dans la symétrie, dans une orientation harmonieuse des regards ou des mouvements, on note que c’est autour des valeurs que s’agence l’unité. Les éléments aussi différents sont tous assimilés à la scène et participent ensemble à la construction d’une image. C’est dans leurs actions, dans leurs fonctions, dans leurs regroupements que tous ces personnages s’organisent, prennent un sens. L’abondance des singularités, des spécificités sont toutes transcendées dans l’unité, par la création d’une communauté.

Le principe d’unification : Communauté et commune


C’est donc dans la notion de regroupement, d’unification que la propagande exprime ses intentions. Le message posé comme un socle à l’affiche : 人民公社好, porté par des femmes qui forment un corps uniforme dévoile le but évident de celle-ci. La promotion des communes populaires. En présentant la communion comme source de prospérité ( sur l’un des poissons), comme valeur fondatrice d’un individu et d’une société, l’affiche remplit son rôle d’outil de propagande. Elle participe ainsi à la création d’un imaginaire joyeux autour de la figure de Mao et à la promotion des réformes de 1958 pour constituer les communes populaires du grand bond en avant.

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