samedi 15 avril 2017

Analyse d’image : 1552 : Huá tuó




Présentation:

L’illustration présentée est une composition de Yan Guoji et Xu Zhiwen (deux artistes d’affiche de la Révolution culturelle) parue en janvier 1979 et publiée par la Shanghai Educational Publishing House. Cette représentation de la fin de la révolution culturelle était destinée à servir de support d’étude aux élèves de collèges et a été éditée de manière à composer une série. Cette affiche met en scène le célèbre médecin de la dynastie des Han, Hua Tuo 华佗, pionnier dans le domaine de la chirurgie et l’analgésie.

Résumé de l’analyse :
La peinture présente le personnage dans un plan général. Invité dans son intimité le spectateur découvre le fameux médecin en plein exercice de sa pensée. Accoudé à une table, un rouleau à la main, un autre déplié, le personnage, le visage de ¾, le regard incliné est assis à même le sol dans un intérieur simple mais luxueux. L’ambiance délicate créée par l’emploi de couleurs nuancées et opaques, ainsi que le décor, contraste avec la clarté de l’expression du personnage qui met en exergue ses capacités de réflexion et d’analyse.
L’affiche est titrée du nom du protagoniste Hua Tuo 华佗 (écrit en caractère simplifié et en pinyin) et se poursuit sur une brève description, d’où elle tire sa portée éducative.  Le style sinisé de l’illustration, de par son thème et sa technique, est caractéristique d’une certaine idée de la revalorisation de la culture chinoise, durant la Révolution culturelle. Elle passe par la promotion de figures marquantes de l’histoire scientifique chinoise et de leurs innovations ainsi que par la mise en exergue de la portée universelle de leurs découvertes. L’appareil de propagande emploie ainsi des acteurs du passé pour incarner les valeurs humanistes et révolutionnaires que prétend incarner le parti.

Analyse de la composition :
La peinture ici étudiée met en scène le personnage de Hua Tuo dans un plan général. Invité dans son intimité le spectateur découvre le fameux médecin en plein exercice de sa pensée. Accoudé à une table, un rouleau à la main, un autre déplié, le personnage, le visage de trois-quarts, le regard incliné est assis à même le sol dans un intérieur simple mais luxueux. Quelques plantes médicinales, suspendues, composent l’arrière-plan supérieur-droit, et répondent à une urne et un récipient d’où se dégagent des volutes fumantes dans la diagonale opposée. A cet endroit des boîtes contenant des plantes sèches et un parterre d’herbes finissent de combler le décor du premier plan. Les larges rideaux écartés ouvrent sur un fond blanc qui constitue l’arrière-plan et met en avant le visage du prestigieux médecin. Le nom du personnage écrit en caractère simplifié bleu et en pinyin, signe de la Révolution culturelle, nous amène à découvrir un texte descriptif succinct de l’histoire du personnage.

Les couleurs et traits : l’atmosphère
Les nuances pastel et la présence prépondérante de couleurs froides accentuent l’atmosphère délicate de la scène. L’arrière-plan nacré et la disposition des rideaux offre une perspective qui attire toute notre attention sur le visage du personnage. Les couleurs chaudes, existantes mais atténuées, sont destinées au teint du médecin (signe de santé) aux rouleaux (le savoir) et à l’urne (le patrimoine ?) et apporte une certaine chaleur à l’ensemble. Les traits de couleur noire, en gras, servent, quant à eux, à dessiner le corps du personnage donnant à l’œuvre sa dimension picturale. La finesse, à l’inverse, de ceux destinés au visage précise les détails, et accentue notre attention au centre de l’image, précisément sur le regard apaisé du personnage. 
 Les lignes fortes au centre de l’image, celle du tapis ou de la table vont toutes en direction du fond nacré, espace ouvert, léger qui laisse deviner des rideaux ondulants. Le corps de Hua Tuo lui-même se positionne dans ce sens, dans une position détendue. Tout ici, dans l’ambiance que crée la composition, porte le spectateur à se laisser inspirer par une atmosphère enivrante (à l’instar de la fumée), mais d’où il distingue clairement le regard perspicace d’un des pionniers de la chirurgie.

Le regard, une fenêtre sur la modernité.
Tout ici met l’accent sur le visage de Hua Tuo, plus précisément son regard. Il n’est fait nulle mention des rouleaux employés (bien que la description évoque les ouvrages légués par l’un des pères de l’analgésie) par celui-ci afin de na pas détourner l’attention du sujet principal de l’illustration, la réflexion, source d’innovation. Son attitude porte à croire qu’il est à l’œuvre d’un travail de composition puisqu’il tient encore un rouleau dans sa main alors qu’un autre est déjà ouvert et à l’étude. Le regard, clair et détaillé, accentue cet effet et met ainsi en avant les qualités de réflexion du médecin, source de son avancée et de sa renommée.

Tradition et révolution culturelle
En 1979, date de publication de l’illustration, la Révolution culturelle touche à sa fin. Durant tout son déroulement, elle n’a eu de cesse de combattre l’héritage antique chinois. Il apparaît, néanmoins, et ce en raison d’un processus singulier, que la médecine chinoise est devenue un élément sur lequel s’est appuyé ce mouvement. A l’instar de la politique d’auto-renforcement, il est intéressant de constater que le Parti communiste a cherché à moderniser une partie de son héritage afin de valoriser la culture chinoise et ainsi pouvoir la présenter sous un jour résolument moderne. La position adoptée à l’égard des personnes ou des entités culturelles fut identique. La démarche consistait à transformer, rééduquer puis réemployer afin de rendre conforme aux attentes politiques et de fait, exemplaire, l’entité défaillante.   
La médecine chinoise devenant ainsi médecine exemplaire put s’élever au rang de médecine d’Etat. Elle se présentait donc comme un exemple pouvant servir à la construction d’une image nationale nouvelle et prestigieuse. La figure de Hua Tuo, en plus de bénéficier de ce concours de circonstance, incarné par son apport scientifique cette modernité. 

Portée de l’image :
Il est intéressant de voir que dans ce processus qui vise à valoriser la modernité et l’initiative (pour le bien commun), les scientifiques ont fait l’objet de nombreuses affiches de propagandes. La caractéristique notable et à plus forte raison, l’intérêt de ce document, est de voir que le style sinisant se retrouve être mis en avant et s’inscrit dans un mouvement qui a repris les figures notoires de plusieurs précurseurs chinois. Les images de penseurs occidentaux, à l’inverse, ont été représentées sous des traits plus grossiers souvent dans des couleurs plus sombres et rattachés à un style plus classique de propagande communiste. On note que seules les figures chinoises ont été abordées dans un style de représentation plus « traditionnel » propice à restaurer l’image d’un passé exceptionnel et moderne. L’appareil de propagande emploie ainsi des acteurs du passé pour incarner les valeurs humanistes et révolutionnaires que prétend incarner le parti.

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