vendredi 8 avril 2016

« The Mao Years : Catch the Stars and Moon » (1994)



Analyse d'un film documentaire
 « The Mao Years : Catch the Stars and Moon »
(1994)

Titre du documentaire : « The Mao Years : Catch the Stars and Moon »
Un film produit par Ambrica Productions, Inc. en association avec la WGBH Boston et Channel 4 Television au Royaume-Uni, en 1994.
Production, direction et écriture : Sue Williams
Producteur de coordination : Kathryn Dietz
Éditeur : Howard Sharp
Narrateur : Will Lyman
Compositeur : Tan Dun
Producteur exécutif pour Ambrica Productions : Judith Vecchione

Je me propose d’analyser dans cet essai le documentaire « The Mao Years : Catch the Stars and Moon », un film produit par Ambrica Productions, Inc. Avant toute chose, il est à noter que ce film est en fait divisé en trois parties, qui ont été réalisées à des périodes différentes :

Part One: China in Revolution 1911–1949 (1989)
Part Two: The Mao Years 1949–1976 (1994)
Part Three: Born Under the Red Flag 1976–1997 (1997)

Ainsi, ce documentaire a été produit et dirigé dans sa totalité par Sue (Susan) Williams (1954-), d’origine américaine, ayant créé la compagnie « Ambrica Productions » en 1986 pour tenter de réaliser des films à portée internationale pouvant intéresser une large frange de la population. Pas moins de cinq films documentaires ont été tournés avec cette compagnie.

Ce film documentaire est en fait la partie central de la trilogie « China : A century of Revolution » narrant l’histoire de la République Populaire de Chine durant tout le XXe siècle. « The Mao Years : Catch the Stars and Moon » couvre quant à lui une période allant des années 1949 à 1976, débutant par la prise du Parti Communiste chinois après la révolution de 1949 et s’attache notamment au personnage de Mao Zedong, plus particulièrement à sa politique. Le film reprend ainsi dans l’ordre chronologique les grands événements de cette période, à savoir la consolidation du pouvoir Communiste ; le rôle de la Chine dans la guerre de Corée ; les efforts du gouvernement chinois pour collectiviser les terres et réformer l’agriculture, les attentes de Mao Zedong quant à une modernisation du pays par l’industrialisation ; la « Campagne des Cents Fleurs » et les réactions du peuple chinois ; les forces et les faiblesses du Grand Bond en Avant avec notamment les effets néfastes de cette politique et comment le pays s’en est relevé ; la Révolution Culturelle ; la grande rencontre entre Mao Zedong et le président américain Nixon. Ce documentaire s’achève sur les derniers mois de vie de Mao Zedong.

Le choix des images et de la narration.


Ce film écrit par Sue Williams met l’accent sur les grandes réformes et politiques orchestrées par le parti communiste chinois entre les années 1949 et 1976.
La narration est donc dénuée d’analyses personnelles, de grandes théories ou d’aspect de compréhension de la psychologie des grands dirigeants chinois. La productrice et auteur à su rester « impartiale » au maximum et ne nous fait pas part de sa vision personnelle, se cantonnant aux faits politiques et à leurs impacts sur la population. Le rythme et le timbre de la voix du narrateur apportent cette dimension d’objectivité du film documentaire. La lecture est faite sur un ton monocorde, aucun emportement de voix ne démontre approbation ni réprobation, renforçant cette image de faits exposés, sans plus.
Il n’y a en aucun cas de critiques à l’égard du parti, du pays ou de la personne qu’était Mao. À l’exception d’un passage où l’on voit danser ce dernier avec des jeunes femmes à Zhongnanhai et où le narrateur nous annonce que ces fêtes qui étaient là pour divertir les cadres du parti étaient en réalité pour l’unique plaisir du dirigeant, ce qui nous donne à ce moment là une image assez négative du personnage. C’était sans doute le seul endroit où l’on sent un avis personnel émanant de la production.

Dans ce film documentaire, l’on retrouve également des images d’archives en noir et blanc, sans aucun doute tant d’origine chinoise que de médias étrangers, permettant de mettre en image la narration ainsi que des entretiens avec la population chinoise ayant vécu ces évènements. Le film se construit selon moi sur le modèle suivant : énonciation d’un fait avec les images correspondantes, puis témoignages de personnes de nationalité chinoise permettant de recontextualiser ces mêmes faits au travers d’une histoire personnelle.
On voit tantôt sur ces images des gens du commun, tantôt des réunions politiques officielles ou bien Mao Zedong et sa suite en déplacement pour constater de ses propres yeux des avancées chinoises. Les images d’archives sont selon moi à dominante chinoise, issues probablement des organes de propagande, puisque l’on y voit des scènes donnant une image positive du régime communiste avec des paysans plein d’allant pour aller aux champs ou des masses de travailleurs toujours très vigoureux, travaillant très dur mais avec entrain pour donner corps aux visions de Mao Zedong et moderniser, industrialiser la nation.
Cependant, ces images d’archives léchées permettent également de donner corps à la narration. En effet, lors d’une séquence où l’on nous dit que le Parti contrôlait et encadrait les élites intellectuelles et activités culturelles, l’on nous montre une scène de théâtre communiste où les acteurs crient en cœur : « Nous accomplirons nos tâches ». Cette image, de propagande à mon sens, est censée donner une image positive avec l’éclairage de la narration, et étaye bien les propos et prouve dans ce cas-ci que la culture était sous domination politique et était là pour servir l’idéologie du parti.

Ainsi la narration et le choix des séquences d’archives nous donnent à mon sens une vision assez fidèle de l’histoire, puisque l’on nous montre les effets positifs que le communiste a apporté à la Chine (avec ces séquences notamment où l’on voit que le niveau de vie de la population s’améliore), mais ne sont également pas oubliés les effets pervers des politiques, comme celles des « Cents Fleurs » ou du « Grand Bond en avant », avec l’appui des témoignages.

Les témoignages.


Les témoignages ici retranscrits, outre l’écriture, sont la véritable force de ce documentaire.
En effet, comme je le disais ci-dessus, après chaque énonciation de fait vient une interview, récit de personnes chinoises permettant de recontextualiser l’histoire au travers d’une anecdote personnelle mais toujours juste.
Lors du passage sur la « Campagne des Cents Fleurs » où l’on nous explique qu’après une brève ouverture, le parti encourageait la dénonciation et poursuivait les droitistes, nous assistons au témoignage d’un paysan qui raconte que sa petite fille disait à qui voulait l’entendre que sa famille était propriétaire des terres du village etc., que cela a conduit à une enquête et que, pour pouvoir partir, il fallait avouer quelque chose, même si vous étiez totalement innocent.
Cet exemple de témoignage permet au spectateur de s’approprier les connaissances et de resituer ce qu’il vient d’apprendre au travers de ce court récit. Qui plus est, ce n’est pas la narration qui pointe du doigt les abus du gouvernement mais les personnes qui témoignent elles-mêmes, permettant ainsi d’intensifier ce sentiment de « partialité ». En effet, ce n’est pas la production américaine qui en parle, mais les chinois qui eux-mêmes vécurent tout cela.
Le plus étonnant, selon moi, réside dans le fait que la production ait réussi à trouver des chinois acceptant de parler librement de ces périodes et de donner leurs avis, et plus encore, d’évoquer les dérives de ces politiques et les effets que cela avait sur le quotidien de la population. Le témoignage est là pour étayer, servir l’écriture du film, c’est un outil supplémentaire pour mieux comprendre l’histoire de la Chine, et il ne constitue pas un réquisitoire contre le Parti. De plus, le choix des intervenants est bien fait puisque l’on retrouve des paysans, certains un peu plus fortunés que d’autres, des commerçants, des membres du Parti et des proches de Mao Zedong comme son médecin personnel, le docteur Li Zhisui. Ainsi faisant, ce panel d’intervenants nous permets d’avoir une vision plus complète et entière de cette période, du ressenti des différentes strates de la population.

Pour conclure, je dirais que ce documentaire nous donne une vision juste sans parti pris apparent quant aux évènements survenus en Chine entre 1949 et 1976, n’ayant pas de visée anti-communiste comme certains autres films américains. Bien entendu, la seule vision de ce documentaire ne permettra pas au spectateur d’appréhender la totalité de ces années où la Chine vécut sous la présidence de Mao Zedong, certains faits n’étant pas mentionnés, comme le culte de la personnalité, la rupture des relations sino-soviétiques etc. Néanmoins, il constitue en soi une excellente approche, qu’il faudra compléter avec des ouvrages sur le sujet.
Il faut à mon sens saluer cet effort d’impartialité dans le travail d’écriture, ainsi que ce mélange d’images d’archives et témoignages, les deux se complétant et permettant de ce fait une meilleur compréhension des faits.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.