vendredi 8 avril 2016


Le Roi des Masques 变脸 (1996)

C'est un film hongkongais (Shaw Brothers) réalisé par Wu Tianming 吴天明 (5/12/1939 – 4/03/2014), cinéaste dit de la 4ème génération, de l'après la révolution culturelle. Né dans le Shaanxi (陕西), c'est à 20 ans (1960) qu'il entra à la Xi'an Film Studio. Mais la production de film fut alors stoppée par la révolution culturelle (1966) période aussi durant laquelle son père fut emprisonné. C'est durant les trois dernières années de la révolution culturelle que Wu Tianming parti étudier à la Beijing Film Academy, se spécialisant dans la réalisation et direction de films. Il retourna ensuite aux studios de Xi'an, en pris la direction et forma les cinéastes de la 5ème génération, dont les reconnus Zhang Yimou (Épouses et concubines) et Chen Kaige (Adieu ma concubine). C'est un réalisateur qui durant sa carrière a exprimé de fortes opinions sur la société chinoise. Il se vit d'ailleurs forcé, lors des événements de Tiananmen (天安门), de partir aux Etats-Unis en 1989. Et c'est à son retour en 1994, qu'il commença la réalisation du film Le roi des masques, film qui reçu de nombreux prix et qui lui valut une reconnaissance mondiale.

Cette œuvre raconte l'histoire de Wang, un vieil artiste de rue pratiquant l'art des masques dans la vallée du Sichuan 四川 (art propre à l'opéra du Sichuan 四川), et sa recherche d'un héritier (disciple). C'est dans cette quête qu'il achètera Gou Wa un enfant de huit ans, qu'il traitera comme son propre fils. Il s'attachera à l'enfant mais finira par le rejeter lorsqu'il apprendra que c'est en fait une petite fille. Gou Wa s'en voudra tellement d'avoir déçu son grand-père qu'elle lui rapportera un petit garçon Tian Ci (fils unique d'une bonne famille) avec lequel elle s'était enfuit des main des trafiquants d'enfants. Malheureusement, Wang sera alors accusé du vol de l'enfant et mis en prison. Durant ses aventures, maître Wang fait aussi la rencontre de maître Liang, artiste d'opéra de Pékin (dans lequel il joue Bodhisattva). Liang reconnaît et admire l'art et le talent de Wang, avec qui il créera un important lien d'amitié.

Nous pouvons déjà remarquer que le film se déroule durant les années 1930, de part la présence de soldats de l'armée nationale révolutionnaire (étoile à cinq couleurs sur le képi) pendant la guerre civile ou bien la guerre des pleines centrales. La première question qui est soulevée est l'importance d'un héritier et parallèlement celle de la place de la femme dans la société chinoise. Selon le confucianisme, le culte des ancêtre ne peut être réalisé que par un héritier mâle, fait qui laisse assez tôt la femme en acteur secondaire. Cela est représenté dans le film à de nombreuses reprises. Tout d'abord par le vœu de maître Wang à enseigner son art exclusivement à un héritier mâle, mais encore au début du film, lors de la fête des lanternes, quand le trône de Bodhisattva est acclamé dans les rues par une foule de femmes désirant le toucher afin d'avoir un garçon comme premier enfant. Et enfin, le fait que dans l'opéra de Pékin représenté dans le film (art exclusivement masculin), le rôle de Bodhisattva soit joué par maître Liang un homme, bien que les femmes ai étés acceptées au sein de l'opéra en 1912. C'est d'ailleurs cette injustice que soulèvera Gou Wa lorsqu'elle demande au grand-père Wang en quoi les garçon serait mieux que les filles, si la statuette qu'il adore est, elle, une femme (Bodhisattva déesse de la miséricorde et de la fécondité) ? La position sur l'inégalité homme/femme de maître Liang, qui représente Bodhisattva, est aussi très présente. Puisqu'il dit lui même qu'il n'est « ni homme sur scène, ni homme dans la ville », soulignant bien la place ambiguë que lui donne son rôle. Ce qui sera encore plus frappant est, lorsque Liang, encore dans son costume de scène, se portera au secours de Gou Wa. « Vous êtes vraiment Bodhisattva » soulignera le général, puisque la déesse est aussi protectrice des femmes et des enfants, un des sujet important du film.

Nous venons de comprendre pourquoi Wu Tianming a choisit l'opéra de pékin et en particulier la représentation de Bodhisattva. Mais pourquoi avoir choisit l'opéra du Sichuan, une province dont il n'est pas natif ? Serais-ce pour, après être retourné dans son pays, en louer les arts ? Cela lui permet en effet de filmer dans des décors impressionnants et simples, beaux et mystérieux, colorés et fades, l'esthétique du film n'en ressortant que plus vivant. Mais les masques ne représentent pas seulement l'art ancestral pratiqué par Wang. Le titre original 变脸 (littéralement changer de visage), peut ainsi faire allusion aux masques dans l'opéra qui incarnent différents personnages, personnalités et émotions, mais peut aussi faire écho aux différents états d'âme de Maître Wang tout au long du film (par exemple lors de la scène où il déchire ses masques, pouvant signifier son abandon et son désespoir).

L'autre question que l'on peut se poser est celle de la position des artistes. En effet, le film dépeint une société où les artistes sont reconnus pour leurs talents d'amuseurs du peuple, mais qu'au sein même de leur communauté, ils sont traité différemment. Une chose qui les lient en plus de leurs arts, est le fait « [qu'ils ne soient] pas pris au sérieux » comme le fait remarquer Maître Liang. Nous pouvons ainsi remarquer le contraste de l'inégalité des classes sociales que fait ressortir le film. Notamment lors du passage avec les soldats de l'armée nationale révolutionnaire, lorsqu'ils veulent lui acheter le secret de son gagne pain, ou lorsque la police désire lui mettre sur le dos tous les vols d'enfants de la région. Ils le regardent de haut et ne prennent pas son métier au sérieux. Les différences sociales, sont très présentent dans le film, on passe de décors de couleurs vives et riches, à des couleurs fades et pauvres.

En conclusion, c'est avec force que le réalisateur dénonce ici les différentes inégalités représentées dans la société chinoise entre hommes et femmes, riches et pauvres, ainsi que l'importance, ou non, des traditions à travers le confucianisme et le bouddhisme. Le personnage principal, lui même arrive à faire fît de ses convictions et à accepter le cadeau que la vie lui à fait en la personne de Gou Wa. Au final, toutes les classes sociales, tous les genres et toutes les croyances sont rassemblés par une seul et même chose : l'Art.

Le réalisateur se serait-il représenté à travers le personnage de Maître Wang ? Insinuant peut être que la situation n'avait pas vraiment changé des années 1930 aux années 1990 ?


MARQUES PEDRO Louise

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