jeudi 7 avril 2016

Fiche d'analyse Le Roi des Masques

Le Roi des masques « 变脸 »

Il s’agit d’un film Hongkongais, tourné dans la province du Sichuan en 1996. Depuis sa sortie, il est considéré comme l’un des plus beaux films du cinéma chinois, on le surnomme « le film aux trente récompenses ». Le contexte historique représente le Sichuan des années 1930 et l’importance de l’art du Bian Lian.

Le Bianlian un art vivant lié à l’opéra du Sichuan, c’est un art où l’artiste change de masque très rapidement, sans que l’oeil du spectateur ne puisse percevoir la manière de faire. L’artiste en une fraction de seconde produit un effet de magie en changeant de visage. Cet art remonte au 18ème siècle.

Le réalisateur Wu Tianming 吴天明 a réalisé ce film à son retour d’exil aux états unis où il avait été envoyé après les évènements de Tian’anmen.
Né en 1939 Wu Tianming est devenu acteur dans les années 60 durant la révolution culturelle. Il entra à l’institut du cinéma de Pékin en 1974 et dirigea les studios de Xi’an dans les années 80. Il y tourna trois de ses propres films dont « Le vieux puit », « Le sorgho rouge » ou encore « Le voleur de chevaux ».

Ce film nous montre plusieurs aspects de la Chine des années 1930 :
il dénonce le sort réservé aux femmes et aux petites filles en particulier dans la société chinoise traditionnelle
il traite également de la préoccupation de l’artiste pour la transmission d’un art menacé de disparition du fait de la situation politique
il met en évidence les inégalités sociales entre pauvres et riches
l’importance vouée à la religion (bouddhsime)

Durant l’analyse du film, deux grandes questions se posent.

Sous quelles formes le réalisateur évoque-t-il le bouddhisme ?

Le bouddhisme est évoqué tout au long du film à travers les différents plans du Grand Bouddha de Leshan situé dans le sud de la province du Sichuan, au pied duquel le roi des masques et Gouwa créent leur premier lien d’affection.

Sachant que le film évoque le célèbre opéra du Sichuan et son pouvoir magique qui fait perdre aux spectateurs le sens de la réalité, le bouddhisme apparait également sous la forme de Guanyin vivante 观音菩萨 soit Bodhisattva de la compassion. Elle représente pour les chinois une déesse populaire, elle est incarnée dans le film par une idole de l’opéra locale. Cependant le réalisateur a choisi un homme, Zhao Zhigang qui joue le rôle de Maître Liang et qui se transforme en femme dans ses rôles de chanteuse d’opéra.

Le vieux Wang prie tout au long du film, ce qui prouve l’importance de la religion à ses yeux.
Le bouddhisme est aussi révélé par la vie du vieil artiste Wang, qui n’est que douleur et souffrance car il a perdu son fils à l’âge de 10 ans et n’a aucun héritier mâle à qui transmettre son art qui est toute sa vie. Wang a conscience que l’attachement à la vie et le désir de bonheur sont les causes de sa souffrance mais il sait aussi qu’il faut supprimer le désir pour trouver le bonheur. Pour supprimer tout désir, il doit mener une vie pure sans égoïsme ce qu’il réussira à faire en acceptant de transmettre son art à sa fillette.

Par l’ascension au nirvana de Maître Liang le bouddhisme est encore une fois évoqué et la pièce se termine lorsque la princesse remonte des limbes et que le général s’exclame « Elle a atteint le nirvana !»

On peut aussi se demander quelle place est donnée à la femme par le réalisateur au cours du film ?

Wu Tianming relate tout au long du film le sort réservé aux femmes et aux fillettes dans la société chinoise.
En effet, Wang est dans l’obligation de se rendre au marché aux enfants où de pauvres gens tentent de vendre leurs filles. Mais pour transmettre son art, Wang doit adopter un garçon.
Gouwa se présente à lui vêtu comme un garçon en l’appelant grand père; le vieil homme ému repart avec lui et s’y attache immédiatement.
Peu de temps après, le vieil homme se rend compte que son héritier est une fille et malgré un amour naissant il se sens obligé de se débarrasser d’elle.
La petite fille s’accroche à lui et propose de devenir sa servante et le vieux Wang l’oblige alors à l’appeler Laoban 老板 et non plus Grand-père 爷爷.
C’est à ce moment là que l’on comprend le clin d’oeil du réalisateur à la condition féminine de l’époque puisque Gouwa 狗娃 signifie « bébé chien ».
Le vieil artiste reproche constamment à Gouwa d’être une fille, il refuse de lui enseigner son art du Bian Lian et la pousse à devenir une enfant acrobate grâce à qui il gagnera de l’argent sur les marchés.
Gouwa est contrainte d’exécuter toutes les tâches ménagères mais ceci ne l’empêche pas d’aimer le vieil homme qui l’a sortie de la misère car à cette époque les petites filles étaient très souvent maltraitées.

Le réalisateur traite aussi du courage de la femme à travers les deux actes de bravoures de Gouwa : la petite fille a d’abord sauvé Tianci, petit fils des Yang, héritier d’une riche famille, enlevé par des brigands.
Puis grâce à l’amour qu’elle porte à son grand-père elle parvient à le sauver de la prison dans laquelle il a été injustement enfermé pour avoir enlevé Tianci.
Pour sauver son grand père, Gouwa a le courage de s’adresser à Maître Liang qui ne peut rien faire pour elle. Elle se souvient alors de la pièce d’opéra joué par ce dernier où une jeune fille se précipite du haut d’une falaise pour sauver son père et renait sous forme de Guanyin.
Elle monte alors sur le toit du théâtre et à la fin de la représentation se jette du toit. Elle interpelle le général et le menace de couper la corde par laquelle elle est suspendue en clamant l’innocence de son grand père. Sauvée par Maître Liang elle arrive à ses fins.
Une fois de plus sa bravoure lui permet de sauver une personne qu’elle aime.

Pour conclure, la place des femmes est remise en question dans le film.
En effet, le courage de Gouwa permet au roi de masques d’être sauvé et celui-ci accepte de lui transmettre son art malgré qu’elle appartienne au sexe féminin. L’amour transcende les croyances du vieil homme.
De plus, à aucun moment le fait que Maître Liang incarne le rôle d’une femme chanteuse d’opéra ne pose de problème aux spectateurs qui l’acclame et l’idolâtre en tant que telle.

Le film n’a rien perdu de son actualité, en effet Wu Tianming y fait état de sa réflexion sur la précarité de la vie d’un artiste, sur la difficulté de transmettre un art quel qu’il soit et sur la condition féminine en Chine.
Cette réflexion est née de son exil forcé aux Etats-unis où il est resté sept ans.


CHANSON ALICE
L3 LLCE Chinois
14022897

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.