vendredi 8 avril 2016

Bian lian

Le Roi des Masques

变脸Biànliǎn


Réalisateur : Wu Tianming
Scénariste : Wei Minglun
année : 1995
Les Personnages :
Le Roi wang : Chu Yuk
Gouwa : Chao Yimyim
Maître Liang : Zhao Zhigang
Tianci : Zhang Rhuitang


Résumé

Au début du XXe siècle dans le province chinoise du Sichuan, un artiste de rue se fait connaître sous le nom de "Roi des masques". Le soir du nouvel an chinois, une rencontre avec la déesse bodhisattva, Maitre Liang à la ville, va réveiller en lui une inquiétude. Dépourvu de descendance depuis la mort de son seul et unique fils, il s'inquiète d'emporter son art dans la tombe. Il recherche alors un petit garçon, tradition oblige, à qui il pourra enseigner son art pour le perpétuer sous son nom. Au "marché des enfants" un homme lui vend un petit garçon nommé guwa. D'abord entousiaste à l'idée de lui passer le secret de son art il découvrit bientôt que l'enfant sur lequel il avait porté tant d'espoir est en fait une petite fille.


A l'origine du film

En 1995 Wei Minglun écrit le scénario du Roi des masques pour la télévision. Wei Minglun est un dramaturge originaire de la province du Sichuan. Encore très jeune il entre dans le monde du théatre en tant qu'acteur d'une troupe de l'opéra du Sichuan, puis se tourne vers l'écriture de pièces de théatre en 1962. Beaucoup de ses oeuvres sont connues aujourd'hui pour les sujets et les questions de société qu'elles soulevaient. Notamment pour sa version en 1986 de l'histoire de Pan jinlian, qu'il choisit de présenter sous les traits d'une femme qui prendra la liberté de choisir son destin dans une société patriarcale.
Aux commandes nous retrouvons Wu Tianming, réalisateur et producteur chinois originaire du Shaanxi. Il fait partie de la "cinquième génération" de cinéastes, souvent censurés dans leur propre pays pour leurs films à caractères contestataires. On compte parmi ces oeuvres les plus révélatrices "La rivière sauvage" sorti en 1983, où l'on suit les déboires de trois hommes pendant la révolution culturelle. Dans "la vie" sorti en 1984 le destin d'un enseignant tourne au drame lorsque son poste est promis à une homme sous-qualifié, victime de la corruption imputée au régime de Mao. Dans "Le vieux puits" sorti en 1986, qui relate la période de 1982, les débuts de la période d'ouverture, on voit deux mondes se faire face, celui des superstitions et des coutûmes et celui de la nouvelle modernité.



La chine au début du XXème siècle
En période de guerre civile entre le kuomintang et les communistes, Les armées sont mobilisées entre 1931 et 1934. l'armée nationale révolutionaire du Kuomintang réalise de nouvelles campagnes d'encerclements contre les territoires communistes. La dernière et 5e campagne, commandée personnellement par Tchang Kai-chek, voit la victoire des nationalistes : de septembre 1933 à octobre 1934, environ un million d'hommes harcèlent la République soviétique chinoise, encerclée de blockaus. Dans le film Le roi des masques lors d'une de ses représentations fera face à des jeunes recrues de l'armée. Aussi la misère des villageois et le contraste de leurs conditions avec celles de la bourgeoisie restaure le climat de cette période. La Chine est pleine transition et le peuple est livré seul à sa misère. Ce sont dans ces conditions que WutianMing choisit de montrer que les traditions restent particulièrement tenaces et qu'elles se révèlent être un lourd fardeau en ces temps de crise.

Les personnages et leur symbolique

Le Roi des masques
Un artiste de rue solitaire qui cultive le secret des masques depuis son enfance. Son habileté et sans pareil et lui seul pourrait l'enseigner. Mais là où le réalisateur nous surprend, c'est peut être parce que le roi des masques est fait à l'image de ses congenères. La musique que l'on entend lorsque le maîre des masques rencontre Guwa pour la première fois, fait prendre conscience au spectateur de l'empleur de la situation. C'est un petit garçon, en bonne santé et qui tient sur ces deux jambes. Est-ce bien réel ? Le réalisateur veut installer un climat de compassion, il nous dit ce personnage c'est un homme comme un autre avec ses qualités et ses défauts, mais cet enfant est une bénédiction. Un homme sans le sou qui aimerait laisser une trace après son départ. Il représente l'homme de son temps entre le poids des traditions et le cours de son destin. Un homme victime des moeurs de sa société et de ses traditions. "Quel père vendrait sans pleurer son fils unique ?" C'est un fait, la société patriarcale dans laquelle il fut élevé aura raison de sa relation avec Guwa. Mais le Roi de masques ne veut pas d'une fin tragique. Le destin qui fait si peur au roi des masques est en fait entre les mains de celui qui se bat. Le personnage de Guwa décidera du sien..

Le personnage de Guwa
Guwa n'est pas seulement la marrionnete de la supercherie. Le maître des masques que l'on pense être la première victime n'est en fait que la deuxième. Guwa à souffert dès sa naissance d'avoir été une fille. Mais en faisant la rencontre du Roi des masques elle décide de se battre pour une meilleure vie. Ce personnage féminin est peut être celui qui a le plus de force et de détérmination. Contrairement au Roi des masques elle prend en mains son destin et choisit d'échapper à son sort, qui est celui de toutes les fillettes abandonnées. Lorsque le Roi des masque est emprisonné, il a déjà baissé les bras. Il pense même le mériter car il n'a pas été juste avec Guwa. Celle-ci pourtant se battra jusqu'au bout pour le sauver.

Le personnage du maître Liang
Peut être le personnage le plus délicat et symbolique du film, il représente à lui seul toute l'ambiguité du genre. Déesse de l'opéra la nuit et Maître Liang à la ville son identité reste très ambigue, en ajoutant qu'il est même un personnage presque mystique puisque très respecté et idolatré. Mais c'est avant tout un artiste tout comme le personnange du Roi des masques. Leur rencontre et leur relation toujours .... de respect mutuel et d'admiration fait oublier que l'un des deux n'est pas vraiment un homme. Les scènes qu'ils partagent à l'écran sont cruciales pour comprendre les frontières qui se posent entre la tradition, l'art et le mystique. Maître Liang a choisi de devenir une femme déesse dans un contexte où la femme vaut bien moins que l'Homme. Aussi il dira au Roi des masque " Je suis indigne, vous desirez un fils pour vous succéder et moi je ne suis qu'une femme au théatre et pas un homme à la ville". La première frontière entre l'art et la réalité, les traditions et le mystique se manifestent : le Roi des masques respecte Maître Liang bien plus que n'importe quel Homme, mais finalement est-ce bien un homme ?

Le poids des traditions
Wu Tianming rend compte ici du poids des traditions et des moeurs de la société chinoise au début du XXème siècle. Le sort des petites filles est mis en relief dans le marché des enfants au début du film. Les garçons sont trop précieux pour y être abandonnés mais de nombreuses petite filles attendent un nouveau foyer. Aussi nous sommes témoin à plusieurs reprises de ce phénomène. Lorsque le boddisattva apparaît lors de la fête du nouvel an toutes les jeunes femmes accourent pour toucher son trône, geste qui leur assurera la naissance d'un garçon dans la famille. Nous sommes aussi amenés de part cette scène et celle dans laquelle guwa s'indignera du fait que cette déesse tant adorée n'est rien d'autre qu'une fille. Pourquoi mérite t-elle le respect ? Le réalisateur semble pointer du doigt un fait indégnable. Et le personnage de maître Liang s'avère être le paroxisme de cette contradiction.

Le rôle du théatre et du bouddhisme :

Pourquoi parler du théatre et du bouddhisme dans une même partie ? Il semble que les deux se confondent à maintes reprises dans Bianlian. Au début lorsque Maître Liang, qui est rappelons le un acteur, se retrouve porté comme une déesse dans le village et que toutes les femmes accourent toucher son trône. Lors de l'entretien avec Maître Liang, le roi des masques semble intimidé et fait preuve de beaucoup de respect à son égard. Bien qu'il soit un acteur reconnu et qu'il appartienne à la haute société, une aura se dégage du personnage, comme si WutianMing voulait qu'on se pose des questions sur le caractère mystique de Maître Liang. Aussi Guwa met un point final à cette ambiguité : Elle prend exemple sur la déesse bouthisattva et se jette du toit. La réalité et le théatre se confondent, comme le mythique et le théatre se confondent. Pour plaider une cause, changer les choses elle se résigne à devenir martyre. La seule femme que l'on prend au sérieux n'est ce pas la déesse de la miséricorde ? Les lignes qui séparaient le monde artistique, mystique et réel s'éffacent en un instant. L'art dans son discours mystique a trouvé le moyen de changer le cours des choses. Là ou les hauts fonctionnaires ont falli à la tâche : Maître liang dira à l'officier "c'est peut être que vous n'êtes pas digne de cette tâche." Il incombe peut etre aux artistes de vous ouvrir les yeux.....

Conclusion
Le roi des masques fait partie des ces oeuvres si riche que l'on prend plaisir à visionner plus d'une fois pour en discerner toutes les nuances les plus subtiles. Que ce soit dans l'écriture, la mise en scène et les sujets traités nous sommes tantôt touchés par le sort des personnages, tantôt révoltés mais toujours guidés par le réalisateur qui semble vouloir faire passer un message d'une plus grande ampleur.
Quoi qu'il en soit elle menera indubitablement vers une reflexion.


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